Accueil Chroniques Coups de chœur ! "Das Berliner Requiem" de Kurt Weill (1900-1950)
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"Das Berliner Requiem" de Kurt Weill (1900-1950) |
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15-06-2010 |
"Das
Berliner
Requiem"
de
Kurt
Weill
(1900-1950)
Les plus
célèbres requiem composés au XXe siècle
sont sans doute ceux de Britten, Stravinsky et Duruflé. Mais
bien d'autres mériteraient d'être plus souvent entendus,
ceux de Martin, Hindemith, Ligeti, Penderecki et aussi le "Berliner
Requiem" de Kurt Weill.
Né en 1900 à Dessau, une ville de Saxe
célèbre pour son université d'architecture, le
"Bauhaus", Kurt Weill étudie le piano dès l'âge de
cinq ans. Il devient plus tard l'élève de Humperdinck et
surtout de Busoni à la Hochschule de Berlin. Il gagne d'abord sa
vie comme pianiste de cabaret puis rapidement comme chef d'orchestre
à Lüdenscheid. En 1927, il rencontre Bertold Brecht, homme
de théâtre engagé, ce qui le conduit
d'emblée vers le radicalisme dans une république de
Weimar qui se cherche après la première guerre. A cela
s'ajoute son origine juive et il opte pour l'exil dès 1933,
d'abord à Paris où seront créés cette
même année au Théâtre des
Champs-Elysées "Les 7 péchés capitaux" et à
Londres puis définitivement à New York à partir de
1935. Il deviendra citoyen américain en 43 et mourra à
New York en 1950. Surtout connu pour l'inclassable "Opéra de
quat'sous" (Berlin, 1928), rapidement popularisé par le film de
Pabst en 1931, et l'opéra "Grandeur et décadence de
Mahagonny" (1930), il laisse aussi des comédies musicales,
d'innombrables chansons et des œuvres avec chœur dont ce magnifique
"Berliner Requiem".
Après la première guerre, la jeune république de
Weimar souhaite associer les compositeurs au développement
récent d'un jeune média, la radio. La radio de Francfort
commande donc à Kurt Weill une œuvre destinée à
une diffusion en direct. Le prétexte est celui de
commémorer les 10 ans de la fin de la grande guerre. Weill en
profite pour aussi honorer la mémoire de Rosa Luxembourg,
communiste pacifiste cofondatrice du parti communiste allemand,
assassinée par les extrémistes de droite en 1918.
Composé sur un texte de Bertold Brecht à Berlin à
la fin 1928, ce "Berliner Requiem" n'échappe pas à
l'époque et à l'angoisse croissante qu'elle
génère. Cette petite cantate, car tel est son
intitulé exact, pour ténor, baryton et chœur d'hommes
divisé en 3 voix requiert un orchestre avec bois, cuivres, une
guitare, un banjo, des percussions et un harmonium ou un orgue. Des
remaniements successifs expliquent qu'il existe plusieurs versions. La
version la plus souvent donnée actuellement est celle
publiée par David Drew en 2000. Elle se compose de cinq
pièces, la ballade de la fille noyée au morbide
très expressionniste, l'épitaphe hommage à Rosa
Luxembourg morte coupable d'avoir dit la vérité aux
pauvres, les premiers et deuxième rapports sur le soldat inconnu
sous l'arc de triomphe, dénonciation crue de l'absurdité
de la guerre et un choral d'actions de grâce d'une ironie
glaçante et parfois également joué en ouverture du
"Berliner Requiem".
La première exécution sous la direction de Ludwig
Rottenberg fut diffusée par la Radio de Francfort le 22 mai
1929. Il n'y en aura pas d'autre diffusion et la partition ne sera pas
rejouée avant 1967. Il s'agit pourtant d'une musique
géniale et touchante, avec ce choral aux quintes sèches,
cette ballade accompagnée du saxophone à la
gravité toute proche de celle de Marlène Dietrich, ces
marches guerrières brutales annonciatrices de l'avenir ou du
solo désespéré du baryton accompagné du
seul harmonium. Une fascinante et poignante musique qui ne devrait pas
vous laisser insensible.
Ce "Berliner Requiem"sera donné à la Cité de la
Musique le 10 novembre prochain par le Philharmonique de Radio France
et le Chœur de Radio France dirigés par Hans Karl Gruber.
Le magnifique
enregistrement récent dirigé par John Axelrod utilise la
version de David Drew (Nimbus Records). Il est intelligemment
couplé avec le "Kaddish" de Bernstein et "Un survivant de
Varsovie" de Schoenberg. Jan Remmers (ténor) et Christian Immler
(baryton) sont accompagnés par le Rundfunkchor Berlin (James
Wood/Simon Halsey) et le Luzerner Sinfonieorchestrer.
L'enregistrement plus ancien dirigé |
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par Philippe
Herreweghe,
défenseur de longue date de Weill, avec l'ensemble Musique
Oblique, le Chœur de la Chapelle Royale, Peter Kooy et Alexander Laiter
est toujours disponible chez Harmonia Mundi.
Quant à l'enregistrement dirigé par Paul Hillier
(Glossa), il réunit Il Solisti del Vento et le Flemish Radio
Choir. Il est couplé avec le "Vom Tod in Wald", cantate pour
basse et instruments à vents initialement première partie
du "Berliner Requiem", "Les Cantates de la paix et de la guerre" de
Milhaud, l'Octet pour instruments à vents de Stravinsky et "Der
Tod" d'Hindemith. Il vient d'être salué par un "Choc de la
Musique" dans Classica. |
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