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Nouvelle version de référence du Requiem de Dvořák |
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10-05-2010 |
Une
nouvelle
version
de
référence
pour
les
120 ans du Requiem
de Dvořák
Le 19
décembre 2001 le Chœur de l'Orchestre de Paris
interprétait, sous la direction de Vladimir Fedosseiev, un
Requiem de Dvořák resté dans toutes les mémoires.
Ce chef avait poussé le chœur au-delà de ses limites.
Christian Merlin écrivait alors dans les colonnes du Figaro:
«Ces 160 amateurs en ont remontré à bien des
professionnels par la puissance de leur projection, la rondeur de leur
sonorité et leur palette de nuances.» Trop rarement
donné au concert et n'ayant pas atteint la
célébrité des Requiem de Verdi, Brahms ou Berlioz,
le Requiem de Dvořák n'en est pas moins un chef d'œuvre. Un chef
d'œuvre typiquement slave dans la tristesse et la nostalgie qu'il
dégage notamment par l'utilisation de ce leitmotiv cité
de Bach auquel Josef Suk rendra hommage en 1906 dans sa symphonie
«Asraël». Dvořák débute la composition
de son Requiem en 1890 mais la création n'a lieu que le 9
octobre 1891 à Birmingham sous la direction du compositeur. Il
s'agissait d'une commande du festival de Birmingham qui voulait mettre
en valeur les ensembles chorals amateurs de haut niveau qui se
développaient à l'époque en Grande-Bretagne. On
connaît déjà les magnifiques enregistrements
dirigés par Wolfgang Sawallisch, Karel Ancerl ou Istvan
Kertész. La parution toute récente de l'enregistrement
dirigé par Mariss Jansons est un événement. Il
s'agit d'un live
réalisé en février 2009 à Amsterdam dans la
salle du Concertgebouw à l'acoustique réputée.
Pour l'occasion, Mariss Jansons avait invité le Wiener
Singverein avec lequel il collabore depuis 1995, une époque
où il dirigeait l'Orchestre Philharmonique d'Oslo. Mariss
Jansons fait partie des chefs préférés de ce chœur
amateur viennois de très haut niveau dirigé depuis 1990
par l'extraordinaire Johannes Prinz. Comme on les comprend en
découvrant cet enregistrement qui est un véritable bijou.
D'un point de vue technique d'abord car l'enregistrement en public est
d'un équilibre souverain entre solistes, chœur et orchestre. Il
permet également d'entendre l'extraordinaire acoustique du lieu.
Chapeau aux ingénieurs du son de "RCO Live", le label
indépendant maintenant en charge des enregistrements de
l'Orchestre du Concertgebouw. Les quatre solistes sont magnifiques, le
mélange des voix est juste et aucun ne cherche à tirer la
couverture à soi. Krassimira Stoyanova est une soprano au timbre
charnu et à la projection ductile, Mihoko Fujimura une mezzo ici
plus investie que lorsqu'elle se produit à Paris, Klaus
FlorianVogt, un ténor au style parfait et Thomas Quasthoff
possède un timbre et des graves toujours aussi somptueux. Le
chœur est sublime pendant plus d'une heure que dure cette œuvre et on
ne sait quoi admirer le plus, le son d'ensemble d'une grande
homogénéité, la justesse constante, la polyphonie
toujours audible, le sens de l'ensemble, les nuances extrêmes
magnifiques dans les fff
comme dans les ppp, le
phrasé... Tout y
est. Quant
à
l'orchestre
du
Concertgebouw, il est
confirmé, s'il en était besoin, que c'est bien l'un des
meilleurs du moment. Les cordes notamment graves sont d'une
présence et rondeur incroyables, les bois exceptionnels (un
hautbois qui vous tirerait des larmes à chaque intervention, une
première flûte miraculeuse, une clarinette basse qui
chante comme si elle était dans votre oreille), une timbale
impressionnante d'autorité et de présence, etc. Tout cela
est évidemment initié, coordonné et |
parfaitement
conduit par Mariss Jansons, un maître qui sert la musique avec
une émotion, une précision et un investissement de tous
les instants tout à fait stupéfiant. Chaque moment de
cette extraordinaire musique devient exceptionnel et sublime.
Incontestablement, il s'agit de la nouvelle référence
moderne du Requiem de Dvořák et du disque de musique chorale de
l'année... même si cette dernière n'est pas
terminée. A entendre de toute urgence !
Antonín
Dvořák
(1841-1904),
Requiem
op.89
(1890), Royal
Concertgebouw Orchestra, Mariss Jansons, direction, Krassimira
Stoyanova, Mihoko Fujimura, Klaus Florian Vogt, Thomas Quasthoff,
Wiener Singverein (Johannes Prinz, chef de chœur), Symphonie n° 8
en do majeur, op.88 (1889). Enregistrement en direct à Amsterdam
en février 2009. 2 CD RCO Live.
Gilles Lesur
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