Accueil Chroniques Coups de chœur ! Les Cloches de Serge Rachmaninov
|
Les Cloches de Serge Rachmaninov |
|
|
06-04-2010 |
"Les
Cloches"
op.35
de
Serge
Rachmaninov
(1873-1943)
Surtout connu comme
pianiste et compositeur de symphonies et concertos, Serge Rachmaninov,
comme tout musicien russe, a également laissé des œuvres
chorales. "Les Cloches" op.35 sont considérées par
beaucoup comme une pièce essentielle de Rachmaninov.
Véritable symphonie chorale pour soprano, ténor, baryton
chœur et grand orchestre, l’œuvre est dédiée à
l'Orchestre Royal du Concertgebouw et à son directeur de
l'époque Willem Mengelberg. Elle utilise un texte en russe de
Konstantin Balmont tiré du texte éponyme d'Edgar Poe.
Débutées lors d'un séjour à Rome en janvier
1913, "Les Cloches" sont créées en novembre 1913 à
Saint-Pétersbourg sous la direction du compositeur. "Toute ma
vie, j'écoutais avec plaisir ces carillons aux mélodies
et caractères si divers" disait plus tard Rachmaninov en
précisant que sa grand-mère, grande dévote,
l'emmenait régulièrement écouter les cloches de la
cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod.
Proche par l'esprit des célèbres "Vêpres" (1915),
"Les cloches" sont divisées en quatre parties contrastées
narrant les évènements phares de la vie illustrés
par différentes cloches, d'argent (grelots) pour le
baptême, d'or pour le mariage, de bronze pour les épreuves
de la maturité et de fer pour le glas et la mort.
L'écriture y est constamment lyrique et inspirée.
L'allegro non troppo initial débute par un joyeux carillon
rapidement suivi du ténor qui offre une mélodie simple et
entraînante à laquelle se joint rapidement le chœur par
moments à bouche fermée. Le lento qui suit, au climat
plus sombre, fait intervenir la soprano, d'abord seule, puis, avec le
chœur réunis dans une ivresse sonore très sensuelle. Le
presto qui suit ou sonne le tocsin est le mouvement le plus
spectaculaire. Son lyrisme passionné évoque une
scène d'opéra et fait penser à Boris Godounov ou
aux images d'Ivan le Terrible d'Enseinstein. Quant au lento final dit
"lugubre", introduit par un poignant solo de cor anglais, il fait la
part belle au baryton qui annonce l'anéantissement final et la
mort dans une mélodie belle à pleurer proche dans
l'esprit du chant des morts de l'Alexandre Newski de Prokofiev.
Après ces pleurs si russes, l'espoir finit par renaître
pour l'épisode final grâce à un majeur
apaisé fait d'une superbe mélodie aux cordes
accompagnées des harpes. On se croirait presque dans le final de
"Rosenkavalier" ou dans celui de la symphonie des Mille. La
création à Saint-Pétersbourg et surtout
l'exécution en février 1914 à Moscou furent de
véritables triomphes et valurent à l'auteur le Prix
Glinka. Une œuvre puissante, superbement orchestrée,
débordant de souffle, d'énergie, de poésie et de
lyrisme. En un mot de la musique russe… !
Gilles Lesur
Référence
discographique:
Le
magnifique enregistrement de Kondrashin réunit d'excellents
chanteurs et un chœur riche de voix puissantes, belles et
engagées. De plus, il est couplé avec un autre chef
d'œuvre, les "Danses symphoniques" dans une version également
magistrale. Cette œuvre, la dernière de Rachmaninov et
véritable synthèse, cite d'ailleurs quelques passages des
"Cloches".
Serge Rachmaninov, Danses symphoniques op.45, "Les Cloches" op.35,
Orchestre Philharmonique de Moscou, Kiril Kondrashin, direction,
Yelizaveta Shumskaya, Mikhail Dovenman, Alexei Bolshakov, Chœur de la
République de Russie (Alexander Yurlov, chef de chœur) chez
Melodiya, 1963. |
|
A deux reprises dans
sa carrière, Arthur Oldham a préparé un chœur pour
l’enregistrement de l’œuvre de Rachmaninov. La première fois,
c’était en octobre 1975 au Kingsway Hall de Londres avec le
London Symphony Chorus, formation qu’il dirigera durant huit ans, entre
1969 et 1977 (pour en savoir plus, cliquez ici).
André
Prévin
était
alors
à
la
tête
du
London
Symphony
Orchestra
avec
la
soprano
Sheila
Armstrong,
le
ténor
Robert
Tear
et
le
baryton
John
Shirley-Quirk.
Quelques
mois plus tard, cet enregistrement EMI a reçu un
«Grammy Award»
comme «meilleure performance
chorale» (pour en savoir plus, cliquez ici). |
| |
En novembre
1984, Arthur Oldham grave à nouveau l’œuvre avec,
cette fois, le Concertgebouw Orchestra Chorus, formation chorale
amatrice qu’il avait lui-même fondée quatre ans auparavant
(pour en savoir plus, cliquez ici).
Réalisé
dans
la capitale néerlandaise par la firme
Deutsche Grammophon, il réunissait Natalia Troitskaya (soprano),
Ryszard Karczykowski (ténor) et Tom Krause (baryton), ainsi que
le Royal Concertgebouw Orchestra, tous placés sous la baguette
de Vladimir Ashkenazy. |
|
|
"Les Cloches" ont
été données
au Théâtre des Champs-Elysées le 8 avril 2010 par
l'Orchestre National de France et le Chœur de Radio France
préparé par Michael Gläser sous la direction de
Gianandrea Noseda. Au même programme, deux autres œuvres de
Rachmaninov, "Le Printemps", op. 20 pour baryton, chœur et orchestre et
le concerto pour piano n°4 avec Boris Berezovsky. Une programmation
typique de Monsieur de Cottignies, ancien directeur artistique du
National.
Gianandrea Noseda,
né à Turin en 1964, est depuis
quelques années régulièrement invité
à diriger le National. Formé notamment auprès de
Valery Gergiev, il est déjà considéré comme
un interprète réputé du répertoire russe.
Et il dirigera pour la première fois l'Orchestre de Paris et son
chœur dans Alexandre Newski en juin 2011...
|
 Soyez le premier à commenter cet article | |
Powered by AkoComment Tweaked Special Edition
|
|
|
|
Qui est en ligne ? |
|
Il y a actuellement 13 invités en ligne |
|