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"Mefistofele" a Roma |
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23-03-2010 |
"Mefistofele"
a
Roma
Parmi les Faust
"opératiques", ceux de Berlioz et de Gounod sont les plus
souvent représentés. Le "Mefistofele" de Arrigo Boito,
lui aussi adapté du Faust de Goethe, est beaucoup moins connu.
Il est actuellement programmé à l'opéra de Rome
sous la baguette de Renato Palumbo, un expert de l'opéra italien.
Construit en 1880 l'opéra de Rome fût le lieu de
créations importantes, notamment Cavallierra Rusticana et Tosca.
La salle typiquement italienne est une grande et belle salle aux
magnifiques proportions. La période faste de l'opéra de
Rome remonte aux années 1930-40 lorsqu'il était
dirigé par Tulio Serafin. De nombreux et célèbres
enregistrements de cette époque en témoignent.
Arrigo Boito, plus connu comme librettiste (Simon Boccanegra, Otello,
Falstaff, La Gioconda) a aussi laissé à la
postérité deux opéras, Mefistofele et Nerone.
Né en 1842 à Padoue dans une famille passionnée
par les arts, il est formé à Milan en violon, piano et
composition. En 1860, il s'engage auprès de Garibaldi et compose
plusieurs œuvres à tendance patriotique. Son engagement,
salué par Victor Emmanuel II, est récompensé par
une bourse lui permettant de circuler en Europe. Il séjournera
à Berlin, à Varsovie (sa mère était une
comtesse polonaise) mais surtout à Paris. Il y rencontre
notamment Hugo, Rossini, Wagner et un certain Berlioz. Il est peu
probable qu'il y entende la "Damnation de Faust", créée
en 1848 mais seulement reconnue en France à la fin du
siècle après son succès à l'étranger
et grâce à la ténacité d'Edouard Colonne. En
revanche, il a sans doute entendu à Paris le Faust de Gounod
populaire dès sa création en 1859. A son retour à
Milan il s'attelle à Mefistofele qu'il souhaite très
littéraire et fidèle au Faust de Goethe, imaginant
d'emblée une sorte de théâtre musical bien avant
l'heure. Initialement prévu pour être donné en deux
soirées, il révise finalement ses ambitions
réduisant l'œuvre à 5 heures… Mais la première,
sous la direction du compositeur à la Scala de Milan en mars
1868, désarçonne le public. C'est un véritable
échec et l'opéra est retiré de l'affiche
après deux représentations. Cette première version
en cinq actes était trop longue et mettait au premier plan, non
les chanteurs, mais le texte, une vraie révolution dans l'Italie
naissante encore baignée dans la forme traditionnelle de
l'opéra. Cet échec amène Boito à raccourcir
son œuvre et à transformer Faust en baryton mais sans renier son
amour du texte. La création de la seconde version à
Bologne en 1875 est un vrai succès. Il est vrai que depuis la
première version un certain Wagner est en train de transformer
l'opéra en drame. Boito en perfectionniste continue
d'améliorer sa partition et la version réellement
définitive sera créée à la Scala de Milan
le 25 mai 1881. La première parisienne aura lieu en 1919, soit
un an après la mort de Boito. Auparavant Boito aura
initié son second opéra, "Nerone" qui restera
inachevé. Toutes les grandes basses ont chanté le
rôle-titre, Chialapine d'abord, puis notamment Pinza, Siepi,
Ghiaurov, Ghiuselev, Ramey et Burchuladze.
La production de l'opéra de Rome est assez classique dans sa
forme, avec des costumes traditionnels (Mefistofele, tout de rouge
vêtu) et des décors sans extravagance. Seule concession
à l'air du temps, un fin rideau, en avant scène,
utilisé pour la projection de vidéos illustrant
l'histoire. La mise en scène étant inexistante, les
chanteurs sont contraints à des gestes caricaturaux que l'on
croyait révolus. Les chœurs largement sollicités dans
cette œuvre, où ils ont presque le rôle principal,
chantent avec talent, puissance et engagement. Préparés
par Andrea Giorgi, ancien directeur des chœurs de l'Opéra de
Paris à la fin des années 90, ils réunissent de
belles et puissantes voix d'hommes mais aussi des soprani qui
n'hésitent pas à montrer la largeur de leur vibrato…
Superbe intervention d'un chœur de jeunes filles lors de
l'étonnant et fascinant prologue qui montrent une belle
musicalité, une justesse parfaite et une rondeur très
italienne. Le Mefistofele de Francesco Palmierik bien qu'un peu
serré dans l'aigu ne démérite pas et le Faust de
Walter Fraccaro s'engage avec talent dans son combat. La Marguerite de
Teresa Romano semble un peu en retrait par rapport à
l'Hélène dramatique et puissante d’Anda-Louise Bogza.
Cette dernière est au centre de l'épilogue qui se
déroule en Grèce antique et qui verra l'âme de
Faust sauvée rejoindre le ciel. A la baguette, Palumbo
précis et tonique emmène tout son monde de l'enfer au
paradis. La musique jamais facile ni vulgaire possède un vrai
caractère et ne ressemble à rien de son époque. En
somme, une soirée romaine très agréable permettant
une passionnante découverte.
Gilles Lesur
Pour
tous, mais en particulier pour ceux que je sais nombreux parmi les
"Amis d'Arthur Oldham" qui s'intéressent à Faust, je
recommande l’ouvrage d'Emmanuel Reibel "Faust, la musique au
défi du mythe" publié en 2008 chez Fayard, passionnant et
richement documenté.
Opéra de Rome, 19 mars 2010, Mefistofele, opéra en un
prologue, quatre actes et un épilogue, paroles et musique
d’Arrigo Boito, Chœur et Orchestre de l'Opéra de Rome (Andrea
Giorgi, chef de chœur), Chœur des voix blanches de l'Opéra de
Rome et de l'Académie Sainte-Cécile de Rome (José
Maria Sciutto, chef de chœur), Renato Palumbo, direction, Fillipo
Crivelli, mise en scène et Michele Dell Cioppa, vidéaste.
Avec Francesco Palmieri, Walter Fraccaro, Teresa Romano, Letizia Del
Magro, Amedeo Moretti, Anda-Louise Bogza et Luca Battagello. |
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