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Un Écossais à Paris |
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09-02-2010 |
Un
Écossais
à
Paris
Lundi 8
février, de nombreux amis d'Arthur Oldham sont présents
au Théâtre des Champs-Elysées pour écouter
le Maestro Denève*. De passage à Paris avec l'Orchestre
national royal d'Écosse dont il est directeur musical depuis
2005, Stéphane et ses musiciens ont mis à leur programme
Fauré, Sibelius et Dvorak. La salle est pleine d'Ecossais mais
aussi d'admirateurs d'Hilary Hahn, l'immense violoniste qui accompagne
cette tournée européenne. Elle joue ce soir le concerto
de Sibelius et dans 2 jours, à Vienne, le premier concerto de
Prokoviev. Le "Pelléas et Mélisande" qui commence ce
concert n'est pas l'œuvre la plus jouée de Fauré. Ecrite
pour être interprétée lors d'une
représentation du "Pelléas et Mélisande" de
Maeterlinck à Londres en 1898, elle recèle tout l'esprit
d'un Fauré de la maturité, une lumière un peu
tamisée, un calme apaisé et des harmonies subtiles
presque troubles. L'orchestre sonne bellement avec une harmonie riche
et des cordes douces et présentes à la fois et au bel
unisson. Ce qui frappe d'emblée, c’est la qualité
d'ensemble et d'écoute de ce très bel orchestre.
Après ce début intimiste et de bon augure, Hilary Hahn se
présente dans une longue robe noire, superbe et aérienne.
Dans le concerto de Sibelius (1905), au début si fascinant, elle
crée d'emblée un climat chambriste qu'elle va maintenir
tout au long de son interprétation. La musicalité, la
sonorité et le phrasé sont constamment au service de
cette incroyable musique. La justesse est absolue, faisant
démentir Saint-Saëns qui disait un peu méchamment
« Tous les violonistes jouent faux, mais certains
exagèrent »… Stéphane Denève peaufine
un
accompagnement d'une réelle beauté sonore tout en
dialoguant avec la soliste sans la brider ou chercher à la
dominer. Il entre ainsi dans la conception intimiste de l'œuvre ce qui
ne l'empêche pas de solliciter avec énergie les graves de
l'orchestre faisant notamment ressortir les extraordinaires traits de
basson de cette musique à nulle autre pareille. Dans le final,
Hilary Hahn, plus lyrique, démontre son extraordinaire
virtuosité mais sans jamais oublier de faire de la musique.
Décidément une immense artiste !
En bis, elle offre spontanément et avec une belle
simplicité deux Bach sublimes.
En seconde partie, la symphonie n°8 de Dvorak (1889) apparaît
naturellement moins moderne et visionnaire que le concerto de Sibelius.
Mais cette belle œuvre, très classique dans sa construction et
aux thèmes infinis, permet aussi de mettre en valeur un
orchestre et un chef. Un orchestre capable de pianissimi très
impressionnants, dont les violoncelles chantent magnifiquement,
notamment dans le premier mouvement, aux contre-chants d’altos et
à l'harmonie lisibles et avec quelques belles
individualités, notamment la flûte. Quant au chef, il a
une vision, du souffle, un geste précis et efficace et sait
faire entendre toute la partition. Seule petite réserve, un
problème d'équilibre cordes/cuivres sans doute
majoré dans cette salle à l'acoustique sèche et
qui fait penser à ce que disait Richard Strauss dans ses
conseils à un chef d'orchestre « Ne regardez pas trop
les
cuivres, ils jouent déjà trop fort ! »
L’entente
entre le chef et l’orchestre est au plus haut niveau avec des regards
complices, des incursions presque physiques dans l'orchestre et
l'extrême réactivité aux gestes du chef.
En bis, Stéphane Denève et ses musiciens nous offrent une
danse slave de Dvorak très tonique puis « Eightsome Reels », une
pièce de folkore écossais tout de suite
adoptée par le public parisien qui frappe d'emblée dans
ses mains et en rythme. Bravo Maestro Stéphane ! Et reviens nous
dès que possible.
Gilles Lesur
* Stéphane Denève a
été pendant de longues années, le chef de chant du
Chœur de l’Orchestre de Paris alors dirigé par son fondateur,
Arthur Oldham (ndlr).
Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 8 février
2010, Royal Scottish National Orchestra, Stéphane Denève,
direction, "Pelléas et Mélisande", musique de
scène op. 80 de Fauré, Concerto pour violon et orchestre
en ré majeur op. 47 de Sibelius, Hilary Hahn, violon et
Symphonie n° 8 en sol majeur op. 88 de Dvorák.
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