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Les psaumes de Zemlinsky: une musique entre deux siècles |
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18-01-2010 |
Les
psaumes
de
Zemlinsky:
une
musique
entre
deux
siècles
D’Alexandre
von Zemlinsky, compositeur et chef d’orchestre autrichien né le
4 octobre 1871 à Vienne, on connaît surtout "La symphonie
lyrique". D’une famille multiculturelle typique de la Mitteleuropa de l'époque,
formé en piano, contrepoint et composition dans sa ville natale,
dès 1893, il rencontre Brahms, qui l'aide à publier ses
premières œuvres, puis, en 1885, un employé de banque,
également chef de chœur, dénommé Arnold
Schönberg, dont il sera l'unique professeur. Ce dernier
épousera en 1901 sa sœur Mathilde. Zemlinsky, pédagogue
recherché, comptera également parmi ses
élèves Erich Korngold et une certaine Alma Schindler, un
moment son amante mais qui deviendra plus tard Madame Mahler. Dans un
premier temps, il dirige des opérettes viennoises, un
répertoire qu'il n'apprécie guère. Son second
opéra "Es war einmal"
est créé par Mahler en 1900. En 1904, il devient un des
chefs réguliers du Volksoper
de Vienne puis fonde en 1910 avec Schönberg une
société de musique contemporaine. De 1911 à 1927,
il dirige le théâtre allemand de Prague et la
création de sa "Symphonie lyrique" (1924) encore dans la
lignée du "Chant de la Terre" de Mahler. Il y dirige aussi les
œuvres de Stravinsky, Schœnberg ("Erwartung"),
Webern
et
la
première
dans
cette
ville,
de
la
huitième
symphonie
de
Mahler.
Ses
assistants
s'appellent
alors
Webern, Erich
Kleiber ou Georges Szell. Il contribue à forger la tradition
mahlérienne de la jeune philharmonie tchèque qu'il dirige
régulièrement. Ses deux opéras "Une
Tragédie florentine" et "le Nain" sont créés
respectivement à Stuttgart en 1917 et à Cologne en 1922,
le dernier, par Otto Klemperer. De 1927 à 1931, il rejoint comme
chef associé Klemperer au Krolloper
de Berlin et y donne quelques œuvres majeures de Weil, Dukas, Richard
Strauss et Krenek. Il retourne ensuite à l'enseignement à
la Musikhochschule de Berlin
et redevient un chef invité très recherché. Quand
les nazis prennent le pouvoir en 1933, il rejoint Vienne qu’il quittera
en 1938 après l’Anschluss pour émigrer aux Etats-Unis
dans l’Etat de New York. Zemlinsky mourra dans la misère
à Larchmont dans l’état de New York en 1942. Sa
dernière œuvre, l'opéra "Le roi Candaule" d'après
Gide, achevé après sa mort par Anthony Beaumont, sera
créée à Hambourg en 1966.
Zemlinsky a composé trois psaumes, le Psaume 83 (1900)
qui ne fût créé qu’en 1987, le Psaume 23 op.14
écrit et créé en 1910 et le Psaume 13 op.24 (1935)
créé en 1971. Le Psaume 83, écrit à la mort
de son père, est une touchante musique possédant un vrai
climat même si elle évoque, par moments, Brahms ou Wagner.
La partie chorale dominée par les voix d'hommes est d'une
écriture encore assez classique. Le Psaume 23, qui débute
dans une joie extatique, évoque le Mahler de la "Symphonie des
Mille" créée avec grand succès quelques mois
auparavant à Munich puis annonce le Weil du Berliner Requiem
(1928) dans la partie centrale. Le psaume 13, qui date de 1935, est
considéré comme un chef d’œuvre de l’écriture
chorale de la première partie du vingtième siècle.
Résolument tourné vers cette période, il
recèle notamment d'étonnants traits descendants de
basson, des harmonies serrées, des passages à l’unisson
quasi parlando plus proches de Schönberg que de Mahler. Tout un
monde musical est ici en train de basculer même si Zemlinsky ne
franchit pas la barrière de l'atonalité. Les paroles
évoquent la situation politique «Jusques à quand
seigneur devrais-je me tourmenter ?» comme le fera aussi en 1937
l'encyclique "Mit brennender Sorge".
James Conlon enregistre depuis de très nombreuses années
cette musique qu'il dirige partout dans le monde. Un certain Didier de
Cottignies était directeur artistique chez Decca quand Riccardo
Chailly a gravé deux des psaumes en 1996 à Berlin. On
pourrait donc bientôt entendre à Paris au moins le Psaume
23, centenaire de la création oblige (10 décembre 1910)…
Et ce ne sera pas difficile d’imaginer le reste du programme parmi les
Berg, Schönberg, Weil, Krenek, Eisler, Webern, Mahler, Ullmann ou
Korngold qui font de cette époque une inépuisable mine
d'étonnantes musiques.
Gilles Lesur
Références
discographiques: |
Intégrales des œuvres
chorales de Zemlinsky, Isokoski, Urmana, Voigt, Schmidt, Volle, Albert,
Chor des Städt Musikvereins zu Dusseldörf (Raimund
Wipperman), Gürzenich Orchester, Köln Philharmonie, James
Conlon, 2 CD EMI 2005.
Ce coffret comprend "Frühlingsbegräbnis" (L'Enterrement du
printemps") une œuvre à la "Sehnsucht" - mélange de
désir et de nostalgie - très prenante, cantate pour
soprano, baryton chœur et orchestre composée sur un texte de
Paul Heyse dans les années 1896-97, révisée en
1903 et créée par James Conlon en 1997. L'enregistrement
de cette création figure dans ce double CD EMI.
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Psaumes 83, 23 op.14 et 13
op.24, Drei Ballettstücke, Rundfunkchor Berlin (Robin Gritton,
chef de chœur), Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, Karl Anton
Rickenbacher, Koch Schwann 1999.
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Psaumes 23 et 83, Die
Seejungfrau (La Sirène), Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin,
Chœur Ernst Senff, Riccardo Chailly, Decca 1996 (Série
"Entartete Musik").
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