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Ma "Résurrection" à Vienne (II) |
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12-01-2010 |
Ma
"Résurrection" à Vienne (II)
L'unique
répétition
générale a lieu en fin de matinée, le mercredi 16
décembre, le jour même du concert. Traînant peu
avant dans une boutique de disques, j'y rencontre par
hasard Johannes Prinz. Je lui explique que je recherche, pour les amis
Viennois (Gilles et Bénédicte Dupré, ndlr) qui ont eu la
gentillesse de me loger, "Das
Buch
mit sieben siegeln" par le Wiener
Singverein sous la direction de Kristjan Järvi. Ne l’ayant
pas
trouvé dans le magasin, il me dit en souriant « Ils
n’ont
pas la version Järvi mais tu peux prendre celle de
Welster-Möst, le chœur est bon ». Une
réaction toute
à
l'image de l'homme qu'il est, simple, attentif et ouvert. Je l’informe
de
l’arrivée prochaine de Paavo Järvi comme directeur musical
à Paris. Il n’est pas au courant. J’arrive au Musikverein. Echauffements et
derniers réglages avant
l’installation sur scène. Gérard, francophone qui me
prend gentiment sous son aile depuis le début des
répétition, m'a gardé une
place au milieu des premières basses. Une fois l'énorme
orchestre mahlérien installé - le Concertgebouw
d'Amsterdam en
tournée
européenne, l'espace
dédié au chœur est petit mais tout le monde tient. Le
même programme a
été donné en début de semaine à
Londres avec le LSO Chorus et le sera le lendemain à la Salle
Pleyel à Paris avec
le Chœur de Radio France. La partie chorale est courte, nous chantons
par cœur, cela prend moins de place... ! Les deux solistes - Bernarda
Fink et Ricarda Merbeth -
sont immergées au sein de l’orchestre juste devant les
percussions. La répétition commence par un filage du
dernier mouvement. L’intonation du chœur n’est pas parfaite. Le
réglage des délicats passages avec petits orchestres en
arrière scène occupe la suite de la
répétition. Mariss Jansons s'aide d'un assistant qui le
conseille depuis la salle. L'orchestre sonne somptueusement, les cordes
ont un incroyable velouté et des unissons de rêve, les
bois sont d'une finesse et d'une dextérité
stupéfiante et les cuivres sont raffinés, jamais
vulgaires. L'ensemble offre des nuances sur toute l'échelle et
fait montre d'une qualité d'ensemble et d'écoute tout
à fait exceptionnelle. On comprend que cet orchestre ait
été classé, il n'y a pas longtemps, numéro
un devant les Berliner Philharmoniker
et les Wiener Philharmoniker.
L'intervention des
solistes vocaux est plusieurs fois travaillée dans le
détail. Entendre cette œuvre tant aimée, servie par des
interprètes de ce niveau, immergé au sein du Wiener
Singverein et dans cette extraordinaire salle est un immense
moment de
plaisir et de bonheur.
Le soir, le chœur est convoqué pour très tôt, car
le chef d'orchestre souhaite respecter la grande pause demandée
par
Mahler à la fin du premier mouvement et l'utiliser pour faire
entrer le chœur sur scène. On me confie un nœud papillon
bicolore sur lequel figurent les initiales de ce chœur qui a
fêté l'année dernière ses 150 ans. J'ai
quelques difficultés à le mettre et une des choristes
m'aide gentiment. A côté des feuilles de présence,
figure la liste des chanteurs qui peuvent ainsi s'inscrire
volontairement pour les productions à venir, en l'occurrence le
"Manfred" de Schumann et la "Neuvième" de Beethoven. Un cahier
ouvert est
aussi disponible pour toute personne qui aurait quelque chose à
transmettre. Certains écrivent… d'autres lisent. Cela ressemble
fort à un échange pacifique. J'aperçois la
présidente du chœur, Adelheid Hink, qui ne participe pas
à ce concert et je n'avais pas encore rencontrée. Je vais
la saluer et elle me dit en un français parfait:
« Quel
plaisir de
vous avoir à Vienne pour ce concert »… les bras m'en
tombent.
« Le plaisir est surtout pour moi, chère
Madame ».
Erika, qui m'avait repéré dès la première
répétition, veille, s'assurant que tout va bien notamment
avec mon nœud papillon… Quel accueil ! Nouvelle mise en voix et
dernières recommandations. Johannes Prinz est en costume trois
pièces avec une belle cravate rouge. Dans les escaliers du
Musikverein, la montée vers la scène ne se fait pas sans
flottement ni stress y compris pour Johannes Prinz qui semble un moment
douter des différents accès à la scène.
Mais finalement l'installation est rapide et discrète. La
symphonie "Résurrection" peut continuer et se développer
telle une somptueuse arche tendue vers un final dionysiaque. Quel
bonheur de voir la salle depuis la scène toute
éclairée, comme toujours à Vienne, ce qui aide au
contact avec le public. Une heure plus tard, après quelques
secondes d'un silence chargé de signification, des
applaudissements frénétiques finissent par rompre le
silence. Accueil triomphal. La salle est rapidement debout. Mariss
Jansons est un des chefs préférés des Viennois,
public exigeant et connaisseur. Johannes Prinz vient saluer avec les
solistes. Il est heureux et il y a de quoi car le chœur a
été magnifique de bout en bout.
Vingt minutes plus tard
et après avoir rendu mon nœud papillon, je vais remercier une
nouvelle fois Johannes de son accueil et de celui de ses chanteurs. Il
me demande si je suis satisfait et heureux. « Ja, Johannes ich bin
sehr glucklich. Vielen Dank. Ich hoffe es wird vielen anderen Konzerte
am Wien* »… « Kein
problem** » me répond-t-il ! Il
m'explique que certains des chanteurs ont l'habitude de se retrouver
après les concerts dans une taverne. Il me confie alors à
Eva, une alto qui nous y conduit. Je discute pendant le trajet avec un
jeune Anglais qui a vécu et chanté à Vienne
pendant deux ans et qui a souhaité revenir pour faire ce
concert. Bien entendu, Johannes Prinz l'a accueilli à bras
ouverts. L'endroit est modeste mais convivial. Environ une trentaine de
chanteurs sont présents.
« La bière est offerte, mais si tu manges tu dois
payer », nous explique Eva qui partage notre table.
L'ambiance est
détendue, festive et chaleureuse. Dès son arrivée,
la présidente nous a rejoint accompagnée de son
mari, ancien Konzertmeister
de la Philharmonie de Vienne. Nous
échangeons alternativement en anglais avec Eva, en allemand avec
d'autres et en français avec Madame Hink. Elle nous apprend
qu'une spectatrice a pleuré dans les premiers rangs: Christa
Ludwig, présente ce soir-là !
Quelques heures et quelques bières plus tard, nous en savons
beaucoup plus sur le chœur, y compris de la
délicate période de transition des années 90 (au
décès de Karajan qui a été suivi par
l'arrivée de Johannes Prinz à la tête du chœur),
des chefs
préférés (Jansons, Muti, Mehta, Ozawa ou Boulez)
et des moins aimés, de la récente tournée
au Japon (financée par un sponsor
japonais pour 60 chanteurs et à laquelle 20 chanteurs
supplémentaires ont participé grâce à des
des fonds propres) et tant d'autres choses. J'explique
à Adelheid Hink que l'Orchestre de Paris est à la
recherche d'un chef de chœur. Deux réactions se
télescopent: «Cela est intéressant, pouvez-vous
m'indiquer un contact à Paris ? Mais Johannes Prinz est à
nous et reste à Vienne… !». Comme on la comprend ! Les
chanteurs quittent progressivement la taverne et nous saluent.
Incroyable aventure donc que ce séjour d'une semaine à
Vienne au plus haut niveau artistique et humain. Johannes Prinz porte
décidément très bien son nom. Car comme dans tous
les groupes, c'est le chef qui crée l'ambiance. Et ce
mélange de professionnalisme, de modestie, d'empathie, d'accueil
et d'enthousiasme fait des miracles. Merci Johannes. Merci à
vous tous et toutes. Bis bald.
Gilles Lesur
Vienne,
Musikverein,
Großer
Saal,
16
décembre
2009, symphonie n°2 dite "Résurrection" de Gustav Mahler,
Orchestre Royal du Concertgebouw
d'Amsterdam, Bernarda Fink, Ricarda Merbeth, Wiener Singverein der
Gesellschaft der Musikfreunde in Wien (Johannes Prinz, chef de chœur),
Mariss Jansons, direction.
*«Oui,
Johannes,
je
suis
très
heureux.
Merci
beaucoup.
J'espère
qu'il
y
aura
beaucoup
d'autres concerts à Vienne».
**
«Pas de
problème».
Pour relire le premier
épisode, cliquez ici.
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