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Ma "Résurrection" à Vienne (I) |
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05-01-2010 |
Ma
"Résurrection" à Vienne (I)
Depuis quelques
semaines, je dois l'avouer, j'y pensais beaucoup. Chanter la
deuxième symphonie de Mahler à Vienne au sein du "Wiener
Singverein" avec l'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam sous la
direction de Maris Janssons, une des grandes baguettes du moment ! Le
tout grâce à la gentillesse et à l'accueil de
Johannes Prinz, chef depuis 1991 de ce chœur légendaire qui n'a
pas hésité à m'accepter pour un concert,
après une audition informelle passée il y a un an et
déjà racontée sur ce site. Expérience
inoubliable d'un point de vue musical, bien entendu, mais aussi du
point de vue humain. Je m'étais engagé à faire
trois répétitions, à savoir une "chœur-piano", la
"piano-chef" et la générale. Car à Vienne on
connaît son Mahler II déjà donné avec
notamment Boulez, Ozawa et Mehta. Dès l'arrivée à
la "chœur-piano", qui se déroule dans la "Brahms-Saal",
l'accueil est chaleureux, les nouveaux chanteurs (qui s'engagent par
production et non pour une saison) sont présentés. Nous
sommes environ 120 chanteurs de tous âges, toutefois sans
très jeunes chanteurs. La semaine dernière certains ont
chanté "The Dream of Gerontius" avec Rattle et durant cette
même semaine certains d'entre eux chanteront à quatre
reprises "Das Buch mit sieben siegeln" de Franz Schmidt avec
Harnoncourt. Ce qui suppose une vraie organisation pour les 200
chanteurs qui appartiennent à cet ensemble et s'inscrivent
à la production en fonction de leurs possibilités et/ou
désirs. Mais si vous le souhaitez il est possible de participer
à tous les concerts, le planning de répétitions
étant conçu dans cette optique. Quand Mehta, Boulez, Muti
ou Jansons sont à la baguette, il y a beaucoup de volontaires et
la sélection est alors faite par le chef de chœur. Un
fonctionnement souple et basé sur le volontariat dont pourrait
s’inspirer la direction de l'Orchestre de Paris, par exemple, qui
annonce une programmation ambitieuse pour son chœur à partir de
septembre 2010.
En début de répétition, les exercices de Johannes
Prinz, souriant et détendu, sont inimitables, drôles,
toniques et ont pour objet d'ouvrir le corps, l'esprit mais sans
oublier… la voix. La première lecture sans interruption de la
partie de chœur est parfaitement juste, d'une très belle
qualité sonore et semble en place. Mais tout de suite
après le travail en profondeur commence. Johannes Prinz reprend
méticuleusement les points délicats, nombreux dans cette
partition, pour sensibiliser chacun à sa partie et surtout aux
autres voix. Il travaille chaque accord, chaque accent, à 2 puis
3 ou 4 voix, puis de nouveau à 2 voix et félicite
chaleureusement ses chanteurs en montrant sa joie dès qu'il
obtient ce qu'il souhaite. Ce véritable "retravail" sur l'œuvre
et son esprit est d'une telle intensité que j'ai l'impression de
découvrir l'infinie richesse de cette extraordinaire musique. Et
le triolet final sur le "Zum Gott" devient biblique d'évidence.
Je quitte cette première répétition de deux heures
que je n'ai pas vu passer en pensant à quel point nous sommes
décidément sur une autre planète avec ce chœur.
Une planète où se mêlent un professionnalisme
extrêmement exigeant, une connaissance exceptionnelle de la
partition et la joie de bien faire de la musique et avec
générosité. Car Johannes Prinz n'hésite pas
à blaguer, à donner lui-même d'une magnifique voix
de baryton des exemples pour expliciter son propos et ainsi mieux
obtenir ce qu'il souhaite. Tout cela sans presque jamais regarder la
partition, connue dans ses moindres détails, ni s'aider du piano
à quoi bon !
En fin de répétition, il lit au chœur une critique du
récent concert Elgar qui est plus que flatteuse pour l’ensemble.
Il jubile avec simplicité et sans triomphalisme, tout simplement
comme un artisan fier du travail bien fait et partage son bonheur avec
les chanteurs. A l'issue de cette répétition, quelques
chanteurs, les francophones notamment, viennent me saluer en me
demandant si je compte m'installer à Vienne… malheureusement non
! Quoique…
La répétition piano-chef a lieu trois jours plus tard
dans la grande salle du Musikverein. Forte et touchante impression que
de pénétrer dans ce temple de la musique - qui plus est
en tant qu'amateur - où Brahms, Mahler, Karajan, Bernstein,
Ozawa, Giulini et tant d'autres ont officié. Nous sommes en
place une heure et demie avant l'arrivée de Mariss Jansons.
Exercices de mises en voix toujours aussi drôles et toniques,
derniers réglages de placement notamment, et le chœur est
prêt pour accueillir le maestro. Il arrive, l'énorme
partition à la main, très détendu et
évoquant d'emblée un "Requiem" de Dvorak donné par
le Wiener Singverein à Amsterdam en 2007 qui est manifestement
un bon souvenir. Un des choristes a préparé un
"compliment" (en letton ou en russe ?) que Mariss Jansons met quelques
secondes à comprendre… sans doute l'accent n'est-il pas
adéquat ! Hilarité générale. Puis le
travail débute, rigoureux et précis mais jamais
austère avec une grande exigence notamment sur la nuance
initiale lors de l'entrée du chœur. Pour Mariss Jansons, ce
début est un des plus extraordinaires moments de la musique et
comment ne pas partager ce point de vue ! Semblant d'abord satisfait,
il exige bientôt encore plus de pianissimo. Et il l'obtient sans
que l'intonation n'en soit altérée. Puis il
félicite les basses II, "Du temps des tsars vous auriez fait
fortune..." lance-t-il dans un bel allemand. Il demande beaucoup de
texte, notamment une espèce de "forte chuchote" lors de la
troisième intervention des hommes ("Was enstanden ist"). Et
demande tout et encore plus pour le final "Auferstehen" qu'il n'est pas
question de chanter autrement que ffff. A l'évidence, Mariss
Jansons fait partie de ces chefs qui savent très
précisément ce qu'ils veulent avant la
répétition et il l'obtient avec un incroyable
mélange d'expérience, de musicalité, de
précision, de détermination et d'empathie. Le chœur sonne
magnifiquement et richement dans cette salle vide et le tempo
plutôt lent impose aux chanteurs de puiser dans leurs
réserves de souffle. Les voix de mon entourage sont justes,
belles et précises mais aucune n'apparaît
réellement exceptionnelle. La force du collectif l'emporte sur
l'individualité. Johannes Prinz est installé sur
scène à la droite de Mariss Jansons et encourage son
chœur et ses chanteurs avec le regard et de fréquents sourires.
Il est à disposition du chef d'orchestre mais ne cherche pas
à intervenir à tout prix. Johannes Prinz laisse le chœur
entre les mains de Mariss Jansons. Quoi de plus naturel puisque le
travail d'amont a été fait au plus haut niveau. Au bout
d'une heure et demie de travail intense, Mariss Jansons remercie
Johannes Prinz et l'ensemble du chœur en nous disant à demain.
Je suis impatient d'être à la générale et au
concert.
Pour lire le second volet, cliquez ici…
Gilles Lesur
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