Il y a 20 ans, le mur
de Berlin tombait. On en a beaucoup parlé et c'est très bien. Mais
souvenez vous, quelques mois auparavant, en juin 1989, c'était aussi le
dernier concert de Daniel Barenboïm en tant que directeur musical de
l'Orchestre de Paris. Au programme le Requiem
de Verdi avec Susan Dunn, Waltraud Meier, Gary Lakes et Ferruccio
Furlanetto. Dimanche soir dernier (15 novembre 2009, ndlr), la salle Pleyel était pleine
à craquer pour l'unique représentation du Requiem de Verdi par le chœur et
l'orchestre de la Scala sous la direction de Daniel Barenboïm. Grande
émotion de retrouver, 20 ans après et au même endroit, cet homme
maintenant mûr et auréolé d'une envergure artistique et humaine rare
dans le domaine musical. Il dirige naturellement par cœur cette œuvre
tant de fois donnée ici et ailleurs. Les musiciens et chanteurs de la
Scala, une institution dont Barenboïm est directeur musical depuis
2007, sont nécessairement à l'aise dans cette musique issue de leur
arbre généalogique. Comme il y a 20 ans, l'interprétation est
passionnée, par moments mystique, voire religieuse, et, à d'autres,
déchaînée et opératique. Tout est intense, vivant et contrasté. Le
chœur est magnifique d'engagement mais sans débordement et les voix
graves résonnent comme rarement rendant toutes les parties audibles.
L'orchestre sans atteindre la sonorité et la précision des
prestigieuses phalanges allemandes ou anglo-saxonnes sonne beau et
homogène. Et le quatuor de solistes est de très haut niveau: Fritolli,
même si elle paraissait anxieuse malgré son immense métier, a une
présence naturelle et des aigus magnifiques, Sonia Ganassi sait éviter
les débordements, mais l'exceptionnel est chez les hommes qui dominent
la soirée. René Pape est impérial d'intelligence, avec une
exceptionnelle ligne de chant, une puissance, une beauté et une
homogénéité du timbre rares. Jonas Kaufmann, la nouvelle coqueluche du
monde lyrique, au magnifique timbre sombre, fait preuve d'une belle
musicalité. Il doit sans doute encore se familiariser avec cette
musique italienne. Son habileté à passer d'un registre à l'autre sans
tomber dans la caricature ni utiliser les ruses de certains de ses
collègues est déjà exceptionnelle et fait merveille dans un Hostias d'anthologie. Quant à
Daniel Barenboïm, il dirige son Verdi presque comme il y a 20 ans, avec
ces mêmes déchaînements telluriques dans le Dies Irae, ces accélérations…
parfois difficiles à suivre et ces coups de sang comme dans la toute
fin du Sanctus.
Visiblement heureux en cette terre latine, il salue au milieu des
siens, comme un modeste artisan parmi d'autres au service de la musique
et de ses musiciens. Accueil triomphal. Décidément l'homme Barenboïm,
comme le musicien, vieillissent bien ce qui va évidemment ensemble.
Vingt ans après son départ de la capitale, une nouvelle équipe étant en
place à l'Orchestre de Paris, il est maintenant temps de faire tomber
complètement le mur virtuel qui a trop longtemps séparé Daniel
Barenboïm de son ancien orchestre…
Gilles Lesur
Salle Pleyel, dimanche
15 novembre 2009, Verdi, Messa da Requiem, Chœur et Orchestre de la
Scala, Daniel Barenboïm, direction, Bruno Casoni, chef de chœur,
Barbara Fritolli, Sonai Ganassi, Jonas Kaufmann, René Pape.
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